La vie active -Le Notariat -commentj’y suis entrée -Mémoire – 4 –

Après mon passage éclair à C………………, (voir dans mes pages précédentes), mais néanmoins suffisant pour m’avoir aidé à trouver ma voie, j’ai été embauchée «  clerc débutante » chez un notaire résidant dans un charmant petit village situé en pleine Bourgogne  près de Chablis

 

Le « Maitre » en personne est venu me chercher chez mes parents accompagné de son épouse  » mémère »me suis-je dit !!! un peu négligée, insisterais-je, … loin du cliché habituel des femmes de notaires que j’ai pu connaître par la suite, à Paris et en Banlieue. Demblée on se rendait compte que des deux, celui « qui portait la culotte » n’était pas celui à qui l’on pouvait penser !

 Quant à moi, je pleurais comme une « Madeleine »parce que je quittais le giron parental et cette nouvelle destination me paraissait très loin ….loin …. Plus question de rentrer tous les soirs ! J’avais l’impression d’aller à l’autre bout du monde …A 17 ans,  c’était la première fois que je quittais mes parents pour vivre seule

 

Mon père était au travail, ma mère dans la buanderie quand ils sont arrivés chez nous: je présume que c’était un lundi, maman ayant une bonne fois pour toute choisi ce jour, pour cette tache ménagère fastidieuse et ingrate  à l’époque puisque la machine à laver le linge était inconnue dans cette France profonde…Après avoir fait les présentations,   je n’ai jamais su pourquoi elle avait  fait demi-tour presque aussitôt et s’était  « enfuie » là, d’où elle était sortie peu de temps auparavant,   pendant que je partais, reniflant de plus belle …. Peut-être qu’elle était triste….peut-être qu’elle savait que si elle nous raccompagnait jusqu’à la voiture, je ne serai plus partie ! on savait que mon père l’aurait très mal pris si elle n’avait rien fait pour que je suive mes nouveaux employeurs ; je pense qu’elle a dû se faire violence pour rester dans son « refuge » … il se peut même qu’elle pleurait ….enfin je me plais à le croire ! Je dois dire que je lui en ai voulu un peu de n’avoir rien fait pour me retenir mais plus tard, avec le recul, je me suis dit qu’elle avait eu raison …..je devais m’endurcir et là commençait mon apprentissage d’endurcissement !!!! quant  mon père, lui je ne pouvais pas lui en vouloir, car j’avais l’age ou vis-à-vis de lui, j’avais la haine ….. ou je pensais le hair ! Oh ! quel difficile, très difficile moment à passer, que celui de l’adolescence, surtout quand on méprise son père ! il faut dire qu’aussi, il avait l’age ou il était plein de certitudes dans sa façon de nous éduquer, et dans son comportement plus que difficile qu’il avait vis-à-vis de ma mère …. Bref personne ne « rigolait » dans la maison, surtout pas ma mère et du coup je haissais mon père….. était-ce bien de la haine ????

 

Nous voilà arrivés à destination … une maison bourgeoise, avec au fond de la cour, une petite construction à usage d’étude. On m’a demandé si j’avais soif et fait entrer dans la cuisine ! Sur  la table il y avait une bouteille de vin, non bouchée, dans laquelle quelques mouches avaient rendu l’âme ! L’envie de boire un verre d’eau a subitement disparu devant ce spectable, et celui de l’ indescriptible chantier me faisant deviner que la maitresse de maison ne pourrait jamais concourir au « jeu de la ménagère la plus maniaque de France et de Navarre » !

L’homme a mis ses charentaises et enfilé un gilet sur lequel il manquait plusieurs boutons !

Je me souviens d’un sentiment de panique … ou avais-je atterrie ???il était impensable que je sois chez un notaire !!!…chez un bourgeois … !

Visite du petit bâtiment du fond ….. sa femme nous suivait affublée d’un tablier de cuisine qu’elle avait mis après avoir oté sa veste, les mains sur les hanches avec un air soupçonneux d’une femme jalouse ; plus tard j’ai su que je ne m’étais pas trompée : toutes les femmes qui cotoyaient son mari, quelles soient clientes ou employées avaient toutes droit à des regards de reproche, …le reproche d’approcher son époux, surtout quand il s’agissait d’une belle femme ; il faut dire que la nature n’avait  pas gatée, Madame, femme du Maitre !!  pour son mari, elle devait bien être la seule à le trouver attirant , car c’était un petit bonhomme , certes gentil, mais sans charme et tout à fait quelconque, physiquement s’entend …Il ressemblait à Hercule Poirot sans la moustache ! .quant à la tenue vestimentaire, il vaut mieux ne pas en parler ….parfois il gardait le même pantalon pendant des semaines.. il en a même porté un pantalon troué aux fesses quelques 8 à 10 jours sans que cela ne perturbe ni sa femme ni lui-même ! Le gilet lui je l’ai toujours connu sans  les boutons ! Je l’ai tout de même vu,  en costume et avec un chapeau ….mais c’était de temps en temps, quand il allait à la Chambre des notaires, ou à un rendez-vous de signature à l’extérieur pour une « grosse affaire », étant  à l’époque, dans ce genre d’étude, une donation-partage de terres viticoles.

Enfin on me fit connaître la maison ou je devais habiter ; une immense maison rurale qui avait appartenu à une vieille dame, morte, dont la succession se réglait à l’étude ; les héritiers n’étant pas d’accord, cela trainait en longueur et du coup, en attendant la vente de ce bien, il me fut permis de l’occuper gratuitement ;   une odeur de « renfermé » m’a prise à la gorge dès le premier pas, et là, une fois seule je me suis écroulée, prise de panique, de peur, d’angoisses, de je ne sais quoi encore ….. il me semblait que l’ame de cette dame était dans la maison, .. tous ses meubles étaient là à ma disposition….même le grand lit ancien à rouleau dans la pièce principale servant de cuisine, de salle à manger et de chambre et ce fut une des nuits les plus mauvaises de mon existence, car en fait je n’ai pas fermé l’œil, entendant des craquements, des bruits bizarres, des frolements, brefs tous les bruits que l’on peut imaginer quand on a peur et qu’on est jeune…. J’avais l’impression qu’on marchait au dessus dans le grenier …Il me semblait que j’entendais des pas de rats !  j’allumais et j’éteignais tous les 5 minutes ….!

Enfin épuisée, je me suis endormie au petit matin, me disant que je ne resterai pas longtemps dans cette étude.

Or, je suis restée tout de même 1 an ; j’ai fait la connaissance des fils de mes voisins, cultivateurs, avec qui je me suis liée d’amitié, de la vraie, pas du semblant, quelque chose qui ne doit pas exister beaucoup de nos jours. Même s’il y ont pensé,je suppose,  ils avaient 21 ans et 22 ans, il n’a jamais été question de sexe entre nous. Tous les soirs après leur travail et après le mien, ils venaient chez moi, et nous refaisions le monde jusqu’à pas d’heure … en effet je leur avais dit que j’avais peur et ils me laissaient quand mes yeux commençaient à cligner d’épuisement car, j’allais jusqu’à ce stade, pour pouvoir m’endormir.

 Ils avaient aussi des copains, et parfois, 2 à 3 fois par semaine, eux et leurs copains nous descendions dans la cave des parents de l’un pour boire un petit verre de vin blanc, du sauvignon, et manger du saucisson et des gateaux. On rit dans les caves, on chante dans les caves, on danse dans les caves. Alors en fin de compte, bien que l’ambiance de cette étude, à cause de Madame, qui en plus avait, la qualité de comptable et nous payait toujours de mauvaise humeur comme si nous n’avions pas droit à notre salaire, ce fut,  côté amical, la meilleure période de ma vie ; Je n’ai jamais rencontré des gens aussi accueillants, aussi généreux,   aussi gentils que les bourguignons ; peut-être qu’au contact du vin, la vie leur semblait  plus belle ? Le vin a une âme bénéfique pour ceux qui le cotoient ;  bien sur,  je parle des gens qui habitaient ce village,  puisque je ne connais pas les autres ; souvent nous allions à Chablis et à Irancy, mais je ne peux pas « juger » des gens que je ne voyais qu’en passant.

C’est là que j’ai donc commencer à apprécier les bons vins ! oh… qu’on ne s’y trompe pas, je ne buvais qu’un ou deux ,du même vin d’ailleurs …..car j’ai vite appris qu’on pouvait perdre tous ses moyens en mélangeant les vins ! combien de fois ai-je vu des visiteurs remonter d’une cave complètement « à côté de leurs baskets ! » !! les viticulteurs le savent et ne se privent pas de provoquer ce genre de « spectacle »les faisant bien rire !!!

Que j’ai ri dans cette région ; moi qui venait d’une famille ou il ne fallait pas trop rire ! notre père trouvait cela idiot de rire !! , comme on dit : je m’en suis payé du rire et du fou-rire !

Dans ce village, existait la plus grande cave de France ; elle faisait plusieurs kilomètres ; le film « Ni vu ni connu » avec Louis de Funès, a été, en partie, tourné dedans ; des trésors de bouteilles y étaient entreposés, datant de plusieurs dizaines d’années ; il y en avait qui « dormaient » déjà avant la seconde guerre mondiale ; elles étaient recouvertes de poudre et de filaments blancs, telles des toiles d’araignées ; le vigneron avait les yeux qui pétillaient quand il nous les faisait voir.

Je ne sais pas si tout cela existe encore ; Voilà quelques temps, emmenant Ness chez un ostéopathe pour animaux à AUXERRE, me vient l’envie de faire quelques kilomètres de plus (25 kilomètres à peu près) pour aller faire un petit pèlerinage dans ce village ; je n’ai absolument rien reconnu !!!! je n’ai même pas retrouvé l’étude ; aujourd’hui c’est un joli village certes, mais ayant perdu un peu d’authenticité il me semble, et ce pour plaire aux touristes. Des noms de caves sont indiqués partout ; des lotissements ont poussé comme des champignons ! ; je n’ai rien, rien reconnu et pourtant je voudrais retrouver mes deux compères d’alors pour leur dire après toutes ces années, ma gratitude. Je pense que lorsque je suis partie, précipitamment de cette étude, je n’ai pas pu ou su leur dire combien ils m’avaient aidée et que c’est grace à eux que j’ai tenu tout ce temps.

En effet, un jour mon père s’est décidé à venir me rechercher en pleine semaine ; il y avait un car que le samedi. Il faut reconnaître que lorsqu’il était au pied du mur c’est-à-dire sentant un danger quelconque pour ses enfants, il assumait son rôle de père, poussé il faut bien le dire par maman qui à force de le « tanner »et surtout après beaucoup de disputes pour ne pas dire de bonnes engueulades entre eux, choses très courantes à la maison,  arrivait à le convaincre ; En fait,voilà que depuis plusieurs mois, je saignais du nez …. Je pense que j’avais trop de travail à l’étude, je suivais des cours de droit en même temps, ….. je ne dormais pas assez et je ne mangeais pas bien ;  pourtant j’adore  faire le cuisine, … nous avons été à bonne école avec notre mère qui est une fine cuisinière  mais j’étais trop jeune pour me préoccuper de ma santé et j’ai dû faire une anémie …. C’est assez vague maintenant mais ce dont je me souviens, c’est que papa en a profité pour passer un savon au Maitre lui reprochant que je travaillais trop dur et qu’il aurait pu me surveiller un peu mieux !! il voulait dire par là : voir si je mangeais bien ! quand on mange bien, on peut se donner à fond dans le boulot …. Mais pas si on a rien dans l’estomac !!! c’était un peu la philosophie de papa ….dans le fond il n’avait pas tellement tort !

J’en ris aujourd’hui mais à l’époque j’ai ri jaune  !!!! papa était comme ça !!! dans la maison, il était le « maitre » lui aussi et il ne fallait pas « piper ».. mais dehors gare à ceux qui pouvaient nous avoir fait du mal !!! qu’il soit notaire ou balayeur !!

En l’occurrence le pauvre Maitre n’était pas responsable …. Si quelqu’un devait me « surveiller » c’était plutôt à elle, la femme du Maitre, mais il n’aurait pas fallu qu’elle soit atteinte de cette grave maladie dont beaucoup de personnes sont atteintes, le « j’men foutisme » aigu !!!!

La dessus, les valises ont été faites en quelques minutes …. Mon père en colère, avait des ailes .. d’ailleurs il en avait même sans être en colère …. :. pas » les deux pieds dans le même sabot » le pater ni la mère …. ! j’avais les joues brulantes d’émotion …. et aussi  de contrariété car en ce temps là, lorsqu’on cherchait à entrer dans une autre étude,  le futur employeur téléphonait à l’ancien pour avoir des « renseignements » sur votre petite personne !!! et pas que sur ce que vous saviez faire !!! non, en plus on demandait de quel milieu social vous débarquiez … si vous alliez à l’église … et j’en passe !!!!!

Alors c’est encore en pleurant comme une « Madeleine » que je suis revenue chez nous !!!!!!!mais je connaissais par coeur le code de droit rural !!!!   R I R E

Il y aura une suite bien sur …

Rassurez vous, j’ai retrouvé très vite un autre employeur …… et très vite, je me suis sentie mieux.

A mes deux compères, si par magie, ils lisent ce blog, je suis sure qu’ils se reconnaitront. Je leur dis que j’aimerais les revoir, …que d’ailleurs je retournerai dans ce village au printemps 2009 et que s’il le faut je passerai une journée à essayer de savoir ce qu’ils sont devenus.

S’ils m’ont reconnue, qu’ils m’envoient un mail à « ness45@wanadoo.fr »

Ce serait vraiment vraiment bien.  

 

 

 

 

  

   

  

  

 

 

   

  

 

Publié dans : Emotions - poesie-, mon journal intime |le 23 octobre, 2008 |Pas de Commentaires »

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